"Kali, tu feras gaffe, dans la boîte là, y a les gâteaux que ton père a fait pour le souper canadien de ton frère.
- Mon père?
- Oui...
- Mon PERE?
- Ouiii, ton père!
- Je ne savais pas qu'il savait se rendre utile..."
- Mon père?
- Oui...
- Mon PERE?
- Ouiii, ton père!
- Je ne savais pas qu'il savait se rendre utile..."
En dix-neuf ans d'existence bientôt, je n'ai jamais remarqué que mon père savait se responsabiliser. Souvent au lieu d'affronter les contrainte, la fuite était de mise dans sa personalité décadente de père absent. Il adorait les bébés. Il l'a prouvé en me soignant, petite, comme si j'avais été un délicat présent de la nature.
A partir du moment où j'ai eu huit ans, âge ingrat de l'enfance, il est parti.
Je ne sais pas si je peux considérer cela comme une énième fuite mais j'ai le sentiment qu'il a eu peur.
Dans le fond peu importe, j'ai au moins eu la chance de grandir.
Au début, rien de bien surprenant dans une future famille recomposée, nous avons continué, mon petit frère de cinq ans et moi, à aller lui rendre visite dans son tout nouvel appartement à Genève. (A préciser, nous vivions à Verbier, au dessus de Martigny en pleine cambrousse donc il y avait assez peu de facilité de transports et ma mère devait nous y emmener chaque week end en voiture.)
Au départ, mon père était bel et bien un papa divorcé. Entre les sticks de poisson pané qui sortaient du congélateur pour atterir dans le four accompagné d'un riz à la texture douteuse et le manque total d'exigences de sa part à notre égard, nous avions vite compris qu'il se sentait un peu dépassé.
Les devoirs d'école étaient, chez lui, totalement inexistants. Nous avions à ce jour d'autres priorités.
Je ne dis pas qu'il a été un mauvais père. Simplement il n'a pas su nous prouver suffisamment qu'il nous aimait dépassé le bel âge de huit ans. Je crois que j'ai beaucoup manqué de cette affection qu'il n'a pas su me donner. J'en ai souffert et j'en subit aujourd'hui les conséquences.
Par manque d'autorité masculine je suis devenue plutôt intenable et je ne supportais aucune des critiques ou remarques que l'on pouvait me faire sans tout prendre très à coeur et m'énerver.
Et puis je crois qu'assez vite, à peine sortie de la tendre enfance, je n'ai plus accepté aucun des signes de tendresses de ma mère ou de toute autre personne envers moi. Je me suis peu à peu renfermée sur moi-même et, encore aujourd'hui, cela me pose problème.
Il y a six ans, le jour de l'anniversaire de mon père, celui-ci me proposa de rester avec lui, étant donné que ma mère était également présente et que je ne pouvais pas rentrer seule à Lausanne ou nous avions déménagé avec ma mère entre temps.
Je restai donc, seule enfant parmis les adultes, à tenir un petit carnet de note sur les hilarants personnages qui avaient été conviés et se comportaient de manière étrange. Il y avait par exemple cet imposant homme Italien et assez fier visiblement d'appartenir à cette ethnie, qui avait laissé sa chemise blanche entrouverte sur une quantité de pilosité à faire froncer les sourcils à n'importe quelle personne en bonne santé mentale. Il avait donc sa chemise ouverte et parlait à une jeune blonde tout en mâchant avec vulgarité un morceau de fromage quelquonque. L'ennui c'est qu'il n'avait pas prévu qu'un morceau de gruyère lui atterrisse en plein dans la pilosité du torse et s'y aggripe de manière totalement ridicule. Il continuait donc à faire des discours à sa belle sans remarquer le moindre sourcillement chez sa prétendante qui pourtant devait bien rigoler intérieurement.
De l'autre côté de la salle, il y avait cette femme magnifique que j'avais toujours admiré. Une femme potentiellement âgée et qui avait une chevelure argentée qui lui tombait savamment sur les cuisses lorsqu'elle marchait. Elle tenait dans sa main une tranche de gâteau qu'elle râpait à l'aide de sa fourchette avant de prendre la pâte et la croute et de les plier comme on plierait un jeans qui vient d'être repassé et de déposer ses petites constructions dans une assiettes qu'elle s'était mise de côté à cet effet.
Et enfin, il y avait cette femme, pas particulièrement belle, apposée contre un mur de la cuisine, qui ne parlait avec personne, ne souriait pas, ne riait pas... Elle semblait gênée, mal à l'aise. J'entends alors une femme, dans l'assemblée, dire qu'elle n'avait pas été invitée mais qu'elle avait insisté pour venir parce qu'elle était sûre de connaître mon père.
Je ne sais pas si vraiment il l'avait connue mais le lendemain matin, en me réveillant, je les avais découverts tous deux dans le lit de mon père. Et cela fait six ans qu'elle garde cette place.
Tout de suite elle a été très désagréable avec moi. Elle m'insultait à longueur de journée, prétextant que j'étais grosse, flemmarde, que je ne servais à rien et que je passais ma vie à lire des livres alors qu'il y avait autre chose à faire.
J'ai donc refusé net tout contact avec cette étrangère et le premier soir ou mon père a été invité avec nous à dormir chez "elle" et ses deux enfants en bas âge, j'ai refusé. Mon père, assez ennuyé que sa fille de douze ans n'accepte pas une invitation comme celle-ci redoutait de me laisser seule tout le week end et appela donc sa brune afin qu'elle tente de me convaincre.
Elle me téléphona, très sûre d'elle:
"Kali, je sais que toutes les deux on ne s'apprécie pas tant que ca mais cela me ferait une grande joie de t'avoir chez moi avec ton frère. De toutes manières tu seras bien obligée de t'habituer à ma présence, il n'y a pas d'autres possibilités. Arrête de compliquer la vie de ton père et viens. On va bien s'amuser."
Pas pour autant culpabilisée, je refusai donc et passais deux jours entièrement seule dans l'appartement vide du troisième étage.
Mon père, très apeuré par le fait qu'il aurait pu déplaire à la demoiselle, avait décidé d'être en accord avec elle sur tous les points. Ainsi, lorsque celle-ci m'insultait, il confirmait et enfonçait davantage l'éphémère personne que j'étais devenue.
C'est ainsi qu'à mes treize ans, je refusai tout contact avec lui avec l'accord hésitant de ma mère.
Je n'eus donc pas à subir son déménagement dans cet endroit où il n'avait rien de personnel.
Quand je lui demandai où se trouvait le miroir par exemple, il me répondait: Dans la chambre de Hélène (nom fictif) au lieu de me dire: Dans notre chambre.
Il ne s'est jamais senti chez lui en ces lieux et cela se voyait à vue de nez.
Très vexé par ma décision de ne plus mettre les pieds sur territoire genevois, mon père a encore une fois pris la fuite et ne venait pas me voir plus souvent qu'une fois tous les trois mois, fois ou j'avais à nouveau droit aux commentaires abusifs du couple.
Mon père est fier d'avoir des fils. Deux. Mais ma soeur et moi ne sommes que des plantes vertes qui avons eu le malheur de croiser sa route.
C'a a longtemps été mon point de vue par rapport à son comportement avec nous, ses quatres enfants... En réalité je crois qu'il a évolué depuis cette phrase.. Mais c'est encore ainsi que je le ressens lorsque par mégarde il me balance:
"Je ne viens te voir à Lausanne que si je peux aussi voir ton frère"
(Soit dit en passant, il voit mon frère tous les week end.)
Je ne sais pas.. Besoin de crier, de me plaindre... besoin de comprendre ce qui s'est mal fait...
Après tout on a les parents que l'on a, on ne peut pas désirer les changer... Il faut se remettre en question et il est en train de le faire tout comme moi. Les choses évolueront, mais trop tard... Il se plaint de ne pas m'avoir vu grandir... Il n'a rien fait pour non plus.
A partir du moment où j'ai eu huit ans, âge ingrat de l'enfance, il est parti.
Je ne sais pas si je peux considérer cela comme une énième fuite mais j'ai le sentiment qu'il a eu peur.
Dans le fond peu importe, j'ai au moins eu la chance de grandir.
Au début, rien de bien surprenant dans une future famille recomposée, nous avons continué, mon petit frère de cinq ans et moi, à aller lui rendre visite dans son tout nouvel appartement à Genève. (A préciser, nous vivions à Verbier, au dessus de Martigny en pleine cambrousse donc il y avait assez peu de facilité de transports et ma mère devait nous y emmener chaque week end en voiture.)
Au départ, mon père était bel et bien un papa divorcé. Entre les sticks de poisson pané qui sortaient du congélateur pour atterir dans le four accompagné d'un riz à la texture douteuse et le manque total d'exigences de sa part à notre égard, nous avions vite compris qu'il se sentait un peu dépassé.
Les devoirs d'école étaient, chez lui, totalement inexistants. Nous avions à ce jour d'autres priorités.
Je ne dis pas qu'il a été un mauvais père. Simplement il n'a pas su nous prouver suffisamment qu'il nous aimait dépassé le bel âge de huit ans. Je crois que j'ai beaucoup manqué de cette affection qu'il n'a pas su me donner. J'en ai souffert et j'en subit aujourd'hui les conséquences.
Par manque d'autorité masculine je suis devenue plutôt intenable et je ne supportais aucune des critiques ou remarques que l'on pouvait me faire sans tout prendre très à coeur et m'énerver.
Et puis je crois qu'assez vite, à peine sortie de la tendre enfance, je n'ai plus accepté aucun des signes de tendresses de ma mère ou de toute autre personne envers moi. Je me suis peu à peu renfermée sur moi-même et, encore aujourd'hui, cela me pose problème.
Il y a six ans, le jour de l'anniversaire de mon père, celui-ci me proposa de rester avec lui, étant donné que ma mère était également présente et que je ne pouvais pas rentrer seule à Lausanne ou nous avions déménagé avec ma mère entre temps.
Je restai donc, seule enfant parmis les adultes, à tenir un petit carnet de note sur les hilarants personnages qui avaient été conviés et se comportaient de manière étrange. Il y avait par exemple cet imposant homme Italien et assez fier visiblement d'appartenir à cette ethnie, qui avait laissé sa chemise blanche entrouverte sur une quantité de pilosité à faire froncer les sourcils à n'importe quelle personne en bonne santé mentale. Il avait donc sa chemise ouverte et parlait à une jeune blonde tout en mâchant avec vulgarité un morceau de fromage quelquonque. L'ennui c'est qu'il n'avait pas prévu qu'un morceau de gruyère lui atterrisse en plein dans la pilosité du torse et s'y aggripe de manière totalement ridicule. Il continuait donc à faire des discours à sa belle sans remarquer le moindre sourcillement chez sa prétendante qui pourtant devait bien rigoler intérieurement.
De l'autre côté de la salle, il y avait cette femme magnifique que j'avais toujours admiré. Une femme potentiellement âgée et qui avait une chevelure argentée qui lui tombait savamment sur les cuisses lorsqu'elle marchait. Elle tenait dans sa main une tranche de gâteau qu'elle râpait à l'aide de sa fourchette avant de prendre la pâte et la croute et de les plier comme on plierait un jeans qui vient d'être repassé et de déposer ses petites constructions dans une assiettes qu'elle s'était mise de côté à cet effet.
Et enfin, il y avait cette femme, pas particulièrement belle, apposée contre un mur de la cuisine, qui ne parlait avec personne, ne souriait pas, ne riait pas... Elle semblait gênée, mal à l'aise. J'entends alors une femme, dans l'assemblée, dire qu'elle n'avait pas été invitée mais qu'elle avait insisté pour venir parce qu'elle était sûre de connaître mon père.
Je ne sais pas si vraiment il l'avait connue mais le lendemain matin, en me réveillant, je les avais découverts tous deux dans le lit de mon père. Et cela fait six ans qu'elle garde cette place.
Tout de suite elle a été très désagréable avec moi. Elle m'insultait à longueur de journée, prétextant que j'étais grosse, flemmarde, que je ne servais à rien et que je passais ma vie à lire des livres alors qu'il y avait autre chose à faire.
J'ai donc refusé net tout contact avec cette étrangère et le premier soir ou mon père a été invité avec nous à dormir chez "elle" et ses deux enfants en bas âge, j'ai refusé. Mon père, assez ennuyé que sa fille de douze ans n'accepte pas une invitation comme celle-ci redoutait de me laisser seule tout le week end et appela donc sa brune afin qu'elle tente de me convaincre.
Elle me téléphona, très sûre d'elle:
"Kali, je sais que toutes les deux on ne s'apprécie pas tant que ca mais cela me ferait une grande joie de t'avoir chez moi avec ton frère. De toutes manières tu seras bien obligée de t'habituer à ma présence, il n'y a pas d'autres possibilités. Arrête de compliquer la vie de ton père et viens. On va bien s'amuser."
Pas pour autant culpabilisée, je refusai donc et passais deux jours entièrement seule dans l'appartement vide du troisième étage.
Mon père, très apeuré par le fait qu'il aurait pu déplaire à la demoiselle, avait décidé d'être en accord avec elle sur tous les points. Ainsi, lorsque celle-ci m'insultait, il confirmait et enfonçait davantage l'éphémère personne que j'étais devenue.
C'est ainsi qu'à mes treize ans, je refusai tout contact avec lui avec l'accord hésitant de ma mère.
Je n'eus donc pas à subir son déménagement dans cet endroit où il n'avait rien de personnel.
Quand je lui demandai où se trouvait le miroir par exemple, il me répondait: Dans la chambre de Hélène (nom fictif) au lieu de me dire: Dans notre chambre.
Il ne s'est jamais senti chez lui en ces lieux et cela se voyait à vue de nez.
Très vexé par ma décision de ne plus mettre les pieds sur territoire genevois, mon père a encore une fois pris la fuite et ne venait pas me voir plus souvent qu'une fois tous les trois mois, fois ou j'avais à nouveau droit aux commentaires abusifs du couple.
Mon père est fier d'avoir des fils. Deux. Mais ma soeur et moi ne sommes que des plantes vertes qui avons eu le malheur de croiser sa route.
C'a a longtemps été mon point de vue par rapport à son comportement avec nous, ses quatres enfants... En réalité je crois qu'il a évolué depuis cette phrase.. Mais c'est encore ainsi que je le ressens lorsque par mégarde il me balance:
"Je ne viens te voir à Lausanne que si je peux aussi voir ton frère"
(Soit dit en passant, il voit mon frère tous les week end.)
Je ne sais pas.. Besoin de crier, de me plaindre... besoin de comprendre ce qui s'est mal fait...
Après tout on a les parents que l'on a, on ne peut pas désirer les changer... Il faut se remettre en question et il est en train de le faire tout comme moi. Les choses évolueront, mais trop tard... Il se plaint de ne pas m'avoir vu grandir... Il n'a rien fait pour non plus.
![[Mon père]](http://72.cache-hardy.skyrock.net/729/image-in-4ir/pics/1865304297_small_1.jpg)
